Festival Musical de Lasne - 8. Dim. 25 mai 2014

Festival Musical de Lasne

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8. Dim. 25 mai 2014

Eglise d'Ohain à 17 h. 


La Roza Enflorese en orchestre

Edith Saint-Mard : chant
Bernard Mouton : flutes à bec, flûte, cromorne
Thomas Baeté : viole de gambe, vièle, chant
Philippe Malfeyt : vihuela, oud
Emre Gültekin : bağlamas, tanbûr, chant
Anne Niepold : accordéon diatonique
Vincent Libert : udu, daf, deff, darbouka, riqq, tambour

- Por la tu puerta yo pasi – 3'47
- Una tarde de verano – 7'54
- A sinyora novia – 3'01
- Ay ke buena – 4'55
- De edad de kinze anyos – 5'55
- Yerushalayim de oro (Naomi Shemer 1930-2004) – 5'50
- Koplas de purim – 2'22
- Ir me Kyero Madre a Yerushalayim – 8'30

Pause

- Yo soy un mancevo del dor – 4'56
Una matika de ruda – 8'20
Buena semana – 3'46
Ay ke mueve mezes – 5'27
Ken supiense – 6'39
Fiestaremos - 5’06

Nous vivons une époque étonnante où dans nos pays occidentaux, culture musicale n’est plus synonyme d’un contexte géographique, social, politique voire religieux, mais le résultat d’un brassage de cultures dont nous sélectionnons individuellement les éléments qui nous intéressent indépendamment d’une quelconque tradition. La radio, la télévision, le disque et depuis peu la diffusion via internet, permettent à chacun d’aiguiser ses choix selon ses propres goûts, ses rencontres, ses expériences. Le terme à la mode qui désigne cette nouvelle « culture » est le « métissage ». Nous préférons « rencontre ».

Les chants judéo-espagnols, par contre, appartiennent bien à une tradition, par ailleurs très ancienne. Les juifs séfarades, implantés depuis des siècles en Espagne (Séfarad est le nom hébreu de l’Espagne) furent expulsés à la fin du XVème siècle par l’intolérance des Rois Catholiques. Ils emportèrent avec eux toute leur culture médiévale (chants, langue, poésie) qu’ils conservèrent dans l’exil et la diaspora comme un joyau précieux, symbole de leur identité espagnole.

Notre intérêt pour ce répertoire est avant tout musical. Ni séfarade, ni même juif au sein de l’ensemble. Seulement cinq musiciens qui au gré de leur formation ont rencontré ces chants, soit dans le contexte de la musique ancienne, soit dans celui de la musique dite « du monde ». La Roza Enflorese est née avant tout de l’envie irrésistible de chanter ces mélodies chaleureuses. Si l’idée de placer ce répertoire dans un contexte espagnol historique, de l’aborder avec une démarche musicologique a guidé nos premiers essais, la créativité s’est très vite imposée. Nous nous sommes laissé entraîner au simple plaisir de s’approprier ce répertoire, le jouer, l’ornementer, le colorer de notre large palette instrumentale, et l’improvisation est naturellement apparue.

Par nos concerts, nous souhaitons simplement vous faire découvrir l’étonnante sensualité de ces mélodies, mais aussi démontrer la richesse qui découle de la rencontre. Une musique juive, imprégnée de différentes influences méditerranéenne (notamment turque et arabe), jouée sur des instruments aussi bien issus de la musique occidentale que des musiques traditionnelles maghrébines, n’est-ce pas aujourd’hui tout un symbole riche de sens ?

Repères historiques

Lorsqu’en 1492, les Rois Catholiques expulsent les juifs d’Espagne, c’est une culture riche de deux mille ans d’histoire qui se répand dans tout le bassin méditerranéen. C’est en effet, au VIème siècle avant J.-C. que, fuyant les armées babyloniennes de Nabuchodonosor, les premières communautés juives s’étaient installées dans la péninsule Ibérique. Alors que durant le Moyen Age les juifs avaient joué un rôle de premier plan dans la vie économique et culturelle de l’al-Andalous – nom de la région sud de l’Espagne qui porta durant sept siècles la civilisation arabe à son apogée-, ils durent choisir, après la reconquista et la chute de Grenade en 1492, entre conversion ou expulsion. Par dizaines de milliers, ils fuirent ainsi l’Espagne catholique pour s’éparpiller dans le bassin méditerranéen: en Europe (France, Italie, Portugal…), dans les pays arabes du nord de l’Afrique, dans l’empire Ottoman ou même au Nouveau Monde. Plus de 60.000 d’entre eux trouvèrent refuge dans les territoires de l’empire ottoman: Constantinople, Salonique, Smyrne, Ankara, en Egypte, en Syrie, en Palestine et dans les Balkans. Le sultan Bajazet eut d’ailleurs cette réflexion: « On dit que Ferdinand, roi de Castille et d’Arargon, est un homme sage, mais l’expulsion des Juifs hors de ses terres appauvrit son royaume et enrichit le mien».

Quelle que fut leur destination, ils emportèrent et conservèrent précieusement leur patrimoine culturel, la musique et ses chants traditionnels ainsi que la langue judéo-espagnole ou djudezmo ou encore en Turquie le yahudije, appelée souvent à tort le ladino (ce mot vient de ladinar qui signifie traduire d’hébreu en espagnol). Durant plus de cinq siècles, de nouvelles chansons sont venues augmenter le corpus médiéval d’origine. Le répertoire traditionnel s’est ainsi développé, empruntant parfois des mélodies aux traditions voisines. Au fil du temps, cette tradition orale s’est en effet enrichie au contact des cultures d’accueil qui marquèrent le répertoire de manière différente selon leurs situations géographiques. Ainsi, un même corpus connut des évolutions différentes qui donnèrent le jour à deux traditions indépendantes. L’une orientale regroupe les communautés implantées dans l’ancien empire Ottoman. L’autre occidentale, représentée par les communautés installées dans les pays du Maghreb et en Europe, garda un contact direct avec l’Espagne. L’influence musicale européenne sur la tradition séfarade occidentale se renforça au XIXème siècle avec l’expansion coloniale en Afrique du Nord. Ces différences s’expriment notamment par l’évolution du système modal pour l’orientale, l’apparition du système tonal pour l’occidentale, ou encore au travers des emprunts mélodiques et ornementaux.

Le répertoire traditionnel séfarade est un répertoire de femmes – celui des hommes étant quant à lui plutôt destiné aux chants de la synagogue. Ce sont pour la plupart des textes qui se placent du point de vue des femmes. Ce furent d’ailleurs par elles, de mères en filles, que ces chants se transmirent par voix orale à travers les siècles.

Traditionnellement, la chanteuse s’accompagnait du pandeiro (tambour sur cadre). Ce n’est qu’au début du XXème siècle que des musiciens juifs professionnels reprirent ce répertoire pour le jouer avec succès dans les bars et les auberges. Ces chants appartiennent pour la plupart au domaine domestique. L’amour à travers ses aspirations et ses plaintes est l’un des thèmes principaux et se retrouve la plupart du temps sous la forme de romances parfois proches de la tradition courtoise médiévale.

Autre grand thème : le mariage. Beaucoup de chansons étaient chantées lors des fêtes judaïques et un grand nombre d’entre-elles lors des mariages, l’une des fêtes les plus festives et spectaculaires de la culture juive (Ah, siniora novia, Ah ! El Novio No Kere Dinero, Skalerika de oro). Des chanteuses professionnelles les tanaderas (joueuses de tambourin) qui connaissaient non seulement le répertoire musical, mais également toutes les coutumes liées au mariage dirigeaient ces cérémonies tout en chantant. On y retrouve les critiques envers les belles-mères, les conseils aux jeunes épousées et les chants des déférentes étapes de la fête.

Il s’agit donc d’un répertoire qui parle de la vie, la vie des femmes aux différentes étapes de leur vie, des intimes douleurs au élans amoureux en passant par les grandes fêtes. A côté de ce répertoire domestique, on trouve bien entendu quelques chansons aux contextes historique ou judaïque. Ce programme s’attache particulièrement à ces chansons à caractère judaïque et spirituel (prières, vie de prophète, fête religieuses…)

Depuis la Shoah, musicologues, musiciens et séfarades passionnés ont tenté de sauvegarder ce répertoire et cette tradition musicale. C’est ainsi que des éditions musicales et des enregistrements sont apparus permettant sa sauvegarde et sa transmission. Aujourd’hui, par les moyens modernes de diffusion de la musique, ce répertoire a quitté la sphère privée des communautés séfarades et séduit de plus en plus de mélomanes. De plus en plus de musiciens non juifs l’interprètent dans des arrangements parfois très personnels (on en trouve même des version rock). Pour notre part, séduits par les richesses mélodique et émotionnelle de cette musique nous avons choisi d’en respecter le matériaux musical et poétique en recherchant des couleurs instrumentales qui les valorisent.

Bernard Mouton

 


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